Tarifs plus élévés ?

mercredi 7 octobre 2015

Monsieur Cornu, patron de la SNCB, demande plus de flexibilité tarifaire. La Ministre Galant a bien entendu le message. Elle aussi veut « simplifier la politique tarifaire », mais comment ?

Avec des tarifs différents en fonction « des besoins et des profils des clients ». Mais la Ministre parle-t-elle de vos besoins… ou de ceux de l’entreprise ?

Pour le patron de la SNCB, contraint de réaliser les économies imposées par le gouvernement, il s’agit clairement des besoins de l’entreprise… sous-entendu des besoins financiers. Il veut augmenter les tarifs car il estime que c’est l’un des seuls moyens pour faire rentrer de l’argent frais dans l’entreprise. Voici comment se partagent les revenus et les coûts à la SNCB :

SNCB_revenus_couts_def

Fig.1

Etant donné que les dotations baissent de 3 milliards, il veut augmenter les tarifs – qu’il juge parmi les plus bas d’Europe – et travailler également sur les dépenses.

Nous savons que pour vous, voyageur, ce qui compte, c’est que la part « Transport » ne vienne pas grever complètement le budget du ménage. Vous évaluez la qualité du service en fonction de ce que vous payez et c’est normal.
Notre crainte est que, si demain, vous estimez que c’est trop cher payé pour le service rendu, vous abandonniez le transport public au profit de la voiture et là, ce serait le drame ! Non seulement pour les travailleurs du rail, mais également pour toute la collectivité : encore plus de files sur nos routes, plus de pollution, etc.


« SIMPLIFIER, HARMONISER, FLEXIBILISER » LES TARIFS = AUGMENTER LES TARIFS ?

Deux exemples récents peuvent nous inciter à croire que c’est bien de cela qu’il s’agit et que nos craintes sont fondées.

Premier exemple : la suppression des cartes de train à validation hebdomadaire au 1er septembre dernier.

Pour la SNCB, « Ces cartes sont de moins en moins utilisées et représentent moins de 1% de nos abonnements. Notre volonté est de simplifier nos offres et d’harmoniser nos tarifs par rapport aux sociétés régionales de transport public comme la Stib, les Tec et De Lijn », affirme la porte-parole de la SNCB au journal l’Echo.

Pour l’association de voyageurs Navetteurs.be, l’analyse est tout autre : «Il s’agit d’une hausse des tarifs déguisée, qui a été décidée sans aucune concertation avec les associations de voyageurs », regrette son président Gianni Tabbone, en évoquant une « politique du fait accompli ».

Deuxième exemple : la suppression voulue par la Ministre Galant de la carte de réduction Familles nombreuses. Révélée le 15 septembre par le PTB à la presse, cette information a provoqué un tollé au sein de plusieurs associations. Elles ont vivement réagi à cette nouvelle : « Les familles sont poussées vers la voiture. Les associations de voyageurs Navetteurs.be et TreinTramBus, soutenus par Test-Achats s’y opposent et demandent une concertation avec la Ministre sur le sujet. Pour les familles nombreuses, le coût des voyages en train double d’un seul coup, voire plus si les enfants ont moins de 12 ans. Et ce quelques années après la disparition des « Multipass » pour les groupes jusqu’à 5 personnes, du tarif « Un jour à la mer » et de la « Carte de réduction – 50%, sous prétexte d’une simplification des tarifs ». Toutes ces « simplifications » entraînent chaque fois une très forte hausse des tarifs pour les groupes ciblés et sont dès lors antisociales.

« Pourquoi veut-on toujours que la SNCB se tire une balle dans le pied ? (…) Cette nouvelle mesure va à l’encontre de la politique qui vise à réduire l’utilisation de la voiture au profit de l’utilisation des transports en commun. » Navetteurs.be, TreinTramBus et Test-Achats « craignent que les familles n’abandonnent les transports en commun au profit de la voiture ».

Le Conseil central de l’Economie – composé de représentants des travailleurs et des décideurs économiques du pays – a lui aussi des réticences claires vis-à-vis d’une modulation tarifaire.
Il a remis un avis1 le 24 juin dernier.
Il rappelle que, légalement, le coût des déplacements domicile-travail ne peut « décourager les travailleurs à faire la navette entre leur domicile et leur lieu de travail, amener les travailleurs à renoncer à un emploi qui correspond à leur profil ou encore constituer un obstacle à l’acceptation d’un emploi pour un demandeur d’emploi ou à la reprise du travail »

En conclusion, à la CSC-Transcom, nous sommes très inquiets de ces ballons d’essais en termes de tarifs. Cela n’annonce rien de bon pour les voyageurs.


Fig. 1 : Rapport Annuel de la SNCB – 2014
2. « Avis d’initiative sur les conséquences des projets de nouvelle politique tarifaire de la SNCB pour la concertation sociale du Conseil Central de l’Economie »