Zones rurales : l’agonie programmée des transports publics.

vendredi 2 octobre 2015

La presse vient de l’annoncer : la vague de fermeture des 33 guichets continue. Au 1er octobre, Fleurus et Vielsam sont venus compléter la liste de désertification ferroviaire.

A Fleurus, 3.118 voyageurs empruntent le train chaque semaine ; à Vielsam, 1.706. Mais à partir de combien de voyageurs une gare est-elle considérée comme « rentable » ? On parle beaucoup de « zones rurales » mais le concept est assez vague. En fait, tout ce qui n’est pas une grande ville deviendrait « zone rurale »… De plus, un service public ne sert-il pas justement à cela : rendre un service optimal, y compris dans les zones les plus reculées du pays ?

La Ministre assurera qu’elle n’a pas voulu cela. Mais c’est bien sa politique qui oblige les entreprises SNCB et INFRABEL à prendre toute une série de mesures.

En effet, le plan Galant prévoit 3 milliards d’économies en 5 ans, tout en remboursant la dette (4 milliards). L’entreprise se voit donc ainsi amputée de 20% de ses moyens de fonctionnement.

Cette politique de transport de masse impulsée conjointement par la SNCB et INFRABEL va continuer et, nous le craignons, s’amplifier.

La SNCB prépare son nouveau plan de transport 2017-2020/2030. Dans un document approuvé par le conseil d’administration le 24 avril dernier, on peut lire : « Il s’indique que la SNCB ait une plus grande liberté en matière d’ouverture, de fermeture et de desserte des points d’arrêt ce qui favorisera l’efficience économique du système ferroviaire (…) La suppression des points d’arrêts à faible fréquentation peut permettre d’augmenter la vitesse commerciale et de diminuer les charges d’exploitation. »
En d’autres termes, fermer des points d’arrêt c’est :

  • économiser les coûts d’entretien des bâtiments
  • permettre la vente des bâtiments rendus inutiles (prévu également dans le Plan de la Ministre)
  • augmenter la vitesse des trains qui ne s’arrêteraient plus dans ces points d’arrêt.

Tout ceci pour que la SNCB puisse, parce qu’il s’agit aussi d’une exigence de la Ministre, se préparer à la concurrence avec le privé (libéralisation). Mais ce sont les usagers et le personnel qui au final en font les frais.

D’autant qu’INFRABEL s’est également vu contrainte d’adapter son budget, à l’annonce des économies qu’elle devrait réaliser. Et on peut y lire notamment, au niveau des investissements :

  • « Annulation de 50% des travaux de caténaire sur les lignes les moins utilisées en Wallonie (économie : 13 millions d’€), ce qui se traduira par une perte de qualité et de fiabilité de l’infrastructure entraînant à terme une dégradation structurelle de la ponctualité ».
  • Report de certains travaux critiques sur des lignes de dessertes. Conséquence : mise hors service de certains tronçons de ces lignes (économie : 10,9 millions).
  • Report de la mise en service de l’axe 3 (Bruxelles-Luxembourg) de 2021 à 2022 (6,4 millions).

Pour INFRABEL, les réductions budgétaires auront des impacts divers mais surtout, la mise hors service de certaines lignes suite au report de travaux de renouvellement de voies en piteux état. Car lorsqu’une voie en mauvaise état n’est plus entretenue, d’abord on diminue la vitesse des trains sur cette ligne et puis on finit par la fermer, afin de préserver la sécurité des convois.

Les voyageurs sont donc désormais coincés entre la SNCB qui favorise le transport de masse pour se préparer à une libéralisation qu’elle estime inéluctable et INFRABEL qui n’hésite pas à sabrer dans le réseau pour faire des économies.

 

La CSC-Transcom s’opposera toujours fermement au démantèlement du rail car, une fois que la colonne vertébrale est démantelée, il est beaucoup plus difficile et bien plus coûteux pour l’Etat, donc pour nous tous, via nos impôts, de reconstruire. Par contre, donner les moyens nécessaires pour maintenir au minimum le réseau en état, afin de continuer à pouvoir y faire circuler des trains, voilà ce qui devrait être un objectif prioritaire pour l’Etat, actionnaire majoritaire au sein des Chemins de fer ! Le gouvernement doit arrêter de dire que les économies ne se feront pas au détriment de l’offre aux voyageurs et des travailleurs du rail, car plus personne n’est dupe aujourd’hui.